Page:Peguy oeuvres completes 01.djvu/181

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Je le citerai quand même, citoyen. Je suis parfaitement décidé à citer même les stances de Polyeucte, si elles résident sur le chemin de nos conversations. Nous ne courons pas après l’inédit ; nous ne courons pas après l’inconnu ; nous ne courons pas après l’extraordinaire : nous cherchons le juste et le convenable, et beaucoup de juste et beaucoup de convenable fut dit avant nous mieux que nous ne le saurions dire.

— Ce n’est pas moi, mon ami, qui vous en ferai un reproche. Moi non plus je ne cours pas après le bizarre comme tel. Mais quand le bizarre est juste, vrai, convenable, harmonieux, j’accueille le bizarre et même je le recherche ; et quand c’est le connu, le banal qui est juste, vrai, convenable, harmonieux, j’accueille ce banal que je n’ai pas eu à chercher. Je vous disais seulement que le passage que vous m’avez cité est le plus connu. La vigueur, la justesse, la nouveauté, la fraîcheur de la métaphore l’a installé dans la mémoire des hommes et les bons examinateurs l’ont souvent donné à développer au baccalauréat : Développer cette pensée de Pascal : L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Alors il fallait redire en six pages de mauvais français tout ce que le grand Blaise avait si bien dit en douze lignes. Cet exercice conférait l’entrée à l’apprentissage des arts libéraux. Du baccalauréat il remontait à la licence, dispensait ainsi du service militaire pour deux années, conférait l’entrée universitaire et le droit officiel d’enseigner. Je ne suis pas assuré qu’il ne soit remonté plus haut encore, jusqu’à l’auguste agrégation, où les bons se distinguent décidément des mauvais. Provisoirement écartés de ces grandeurs, mon