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dant que je vous écoutais. En ces faits, qui m’étaient nouveaux, je reconnaissais profondément les événements anciens qui avaient obscurément frappé mon enfance contemporaine. L’histoire du grand Blaise et l’histoire de la pauvre dame innocente et vieillie en dévotion, que je me suis permis de vous conter, c’est à bien peu près la même histoire. Admettez que pour un instant je réserve les éléments de cette histoire que je crois afférents à vos interrogations. Admettez que je laisse les détails. Dans l’ensemble cette histoire est la même. La pauvre dame à la fluxion de poitrine, émerveillement des femmes qui allaient laver la lessive, édification des vieilles dévotes aigres, illustration des campagnes et du faubourg, scandale des esprits faciles, tout ignorante qu’elle était, bourgeoise, vieille, pauvre d’esprit, laide sans doute, insignifiante, insane si vous le voulez, provinciale ignorée au fond d’un faubourg de province, la pauvre dame « entortillée par les curés », comme on disait, n’en avait pas moins toutes les passions, tous les sentiments et presque toutes les pensées d’un Pascal. Vraiment ils étaient les mêmes fidèles. Docteur je me demande si là n’est pas toute la force de la communion chrétienne, et en particulier de la communion catholique. La malheureuse fidèle avait la même foi, les mêmes élancements, la même charité, les mêmes sacrements. Elle aussi reçut enfin celui qu’elle avait tant désiré, qu’elle avait désiré de même. Et sans jouer immoralement avec les assimilations, je me demande si une ou plusieurs communions socialistes semblables ne seraient pas puissamment efficaces pour préparer la révolution de la santé.

— Je vous entends peu, et mal.