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— Saint archange ! supplia Jeannin debout sur ses étriers, prête-moi tes ailes !

La porte béante était a dix pas. Au moment où Jeannin, qui tenait à pleine main la crinière de son cheval pour se coucher en avant et frapper, ramenait son épée en arrière, le grand cheval du Perche s’engouffra sous la porte avec son double fardeau.

— Fermez ! ordonna l’Homme de Fer.

La porte massive roula sur ses gonds en criant. Le cheval de Jeannin vint donner de la tête contre les madriers garnis e fer et tomba mort, après avoir reculé de trois ou quatre longueurs.

Un cri, un seul et grand cri s’éleva de l’autre côté de la mer. On voyait Jeannin entre le cadavre du noble animal et la porte close, Jeannin étendu sur la pierre, sanglant, immobile.


Une heure avait passé : la mer était haute, le crépuscule du soir éteignait ses derniers rayons. Au ciel pur, vers l’orient, brillaient déjà quelques étoiles. Le riche paysage avranchin disparaissait déjà dans la nuit. Le Mont Saint-Michel, entouré d’eau de tous côtés, dominait l’Océan triste, seul, mais fier, et semblait répéter à l’onde enflée follement la souveraine parole du Créateur :

— Tu n’iras pas plus loin !

Tout était calme dans la vieille arche de pierre. Les moines psalmodiaient au chœur dans la basilique, préparée pour la cérémonie du lendemain.

C’était le lendemain que le roi Louis XI devait placer sa chevalerie nouvelle sous la protection de l’archange. Le roi n’était pas de retour ; on ne l’attendait désormais qu’au bas de l’eau.

À la place même où la foule immense s’agitait deux heures auparavant, le flot passait profond et silencieux. Il y avait une lieue de mer entre la base du Mont et le rivage.

La porte du couvent s’ouvrit sans bruit. Deux hommes parurent, éclairés à revers par la lampe qui brûlait dans la