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Page:Parnasse de la Jeune Belgique, 1887.djvu/19

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Devant la Mer


Devant nous, c’est la mer. Une voix amoureuse
Nous parle à l’un de l’autre en la rumeur des flots :
Pour la mieux écouter, tu tiens ton œil mi-clos,
Et tu sens dans mes bras comme une angoisse heureuse.

Voici le soir qui tombe, et le couchant vermeil,
Comme un rideau de pourpre, où rutilent des flammes,
Se détachant des cieux, s’écroule dans les lames,
En les éclaboussant de rubis de soleil.

Comme en de bleus miroirs, luisant sous ta paupière,
Je regarde en tes yeux la mort de la lumière,
Et l’écarlate orgueil du ciel agonisant ;

Et, dans ce reflet rouge, au fond de ta prunelle,
Je vois mon cœur blessé qui s’est empreint en elle ;
Et qui, dans un baiser, l’a teinte de son sang.