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Page:Parnasse de la Jeune Belgique, 1887.djvu/11

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ÉMILE VAN ARENBERGH

A l’Océan


Crois-tu, sombre Océan, parce que l’homme mêle
Quelque chant fugitif à ta plainte éternelle.
Crois-tu que nul de nous n’ait en lui tes sanglots
Et que le désespoir soit le secret des flots ?
Partout l’orage humain lutte avec tes orages
De stupide fureur, de deuils et de naufrages ;
Des voix d’abîme aussi s’élèvent de nos cœurs.
Et ta propre amertume est le goût de nos pleurs.
Comme à nous, Dieu t’a dit de souffrir, et tu souffres !
Il t’a cloué, vivant, dans un cercueil de gouffres,
Et c’est pourquoi ta vague, où se heurtent les morts,
Semble garder leur râle en rejetant leurs corps !