Page:Parigot - Le Théâtre d’hier, 1893.djvu/36

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
XX
INTRODUCTION.

que peinture des milieux et peinture des caractères s’harmoniaient en un équilibre ou une logique sévère. Il n’a eu plus ample visée que de « faire la pièce » mieux que Scribe : et il y a réussi. Il n’a guère été travaillé d’une autre ambition dans le secret du laboratoire. L’affiche du spectacle et les titres de ses ouvrages l’ont continuellement trahi. Il est un admirable vaudevilliste, un mélodramatiste précieux, un maître charpentier qui défie la concurrence. Il a bâti à chevilles et à mortaises, avec une incomparable habileté. Il a des prix de séries, et des minimums de devis, qui font le désespoir de ses rivaux. Il a élevé nombre d’édifices, maisons, maisonnettes, villas propres d’aspect et avenantes à l’œil, qui sont à claire-voie, et où se joue le caprice mélodieux du vent. C’est tout justement la moderne élégance qu’il raille dans Maison neuve. Son architecture n’est qu’en façade ; à l’intérieur sont utilisés des matériaux de démolition.

Il a le génie de l’enseigne. Presque tous ses sujets sont pris sur le vif, dans la moyenne des mœurs contemporaines : Nos bons Villageois, la Famille Benoiton, les Vieux Garçons, Séraphine. Il est, avec M. Jules Lemaitre[1], je pense, un des rares dramatistes qui aient percé à jour le ridicule de quelques politiciens. Il a discerné l’amusant abus des mots, qui s’est fait depuis vingt années, et dont on écrirait un bon livre. Mais les

  1. Le Député Leveau, par M. Jules Lamaitre.