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CHAPITRE VI

LOI DE CONFORMISME ET D’ÉLIMINATION DES NON-CONFORMISTES.

Cette loi n’est qu’une application de la loi de solidarité. Elle consiste en ce que toute société organisée exige de ses membres une certaine similitude de conduite, d’allures, et même d’opinions et d’idées. — Une société a une tendance à s’asservir non seulement les corps, mais les intelligences et les volontés. Toute société vise plus ou moins à réaliser la maxime d’un Ordre célèbre : Perinde ac cadaver. Elle impose à ses membres une sorte de mimétisme psychique. « Il y a, dit Sighele, des animaux qui prennent la couleur des milieux végétaux et minéraux où ils vivent ; il y a des hommes qui prennent la couleur morale de leur groupe[1].

Cette loi de conformisme entraîne comme conséquence une loi d’élimination des individus rebelles à ce conformisme. Le groupe exerce une poussée irrésistible et en partie inconsciente pour éliminer l’être qui se refuse à subir la discipline morale et sociale ambiante. Il crée autour de lui ce que Guyau appelle une atmosphère d’intolérabilité.

La Persécution, dit Bagehot[2], complète l’Imitation : « Le penchant de tous les sauvages, — disons mieux

  1. Sighele, Psychologie des Sectes, p. 140.
  2. Lois scientifiques du développement des Nations (Paris, F. Alcan).