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CHAPITRE II

LOI D’UNITÉ ET DE CONTINUITÉ SOCIALE

La loi d’Unité est à la psychologie sociale ce que le besoin d’unité est à l’âme individuelle. Pourquoi l’Esprit individuel vise-t-il en tout à unifier ses conceptions ? Parce que c’est là sa loi vitale par excellence, la loi sans laquelle il se contredit et s’annihile lui-même. De même l’unité est la condition essentielle de la survivance d’un groupe. L’unité dont il s’agit ici ne peut être bien entendu qu’une unité de collection, une unité essentiellement relative. Les éléments divers d’une même civilisation doivent se fondre en un tout, ou du moins, quand cela est impossible, ils doivent paraître se fondre, par des transitions insensibles, de manière à dissimuler les antagonismes. La loi de continuité sociale n’est pas moins importante.

Cette continuité peut être de deux sortes, physiologique et psychologique. — Physiologique, elle consiste dans le lien du sang qui rattache les unes aux autres les générations dans le temps. M. Simmel remarque que partout où les autres liens font défaut, le lien physiologique est l’ultimum refugium de la continuité sociale. Ainsi, quand la corporation allemande (Zunft) dégénéra et s’affaiblit intérieurement, elle se ferma d’autant plus en dehors que sa force de cohésion se relâchait davantage ; de là vint la règle que les fils de maîtres, les gendres de maîtres, les maris de veuves de maîtres pourraient seuls être admis à la maîtrise. Ce lien physiologique produit encore aujourd’hui ses