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domaines, — économique, politique, juridique, moral, — étroitement subordonnées à l’utilité commune.

Salus societatis suprema lex esto. Malheur aux énergies qui ne se plient pas à cette discipline. La société les brise ou les élimine, sans hâte comme sans pitié. Elle apporte dans cette exécution le mépris le plus absolu de l’Individu. Elle agit comme un instinct aveugle, irrésistible et implacable. Elle représente sous une forme terriblement concrète cette force brutale que Schopenhauer a décrite : la Volonté de Vie séparée de l’Intellect.

La plupart du temps en effet, elle accomplit d’une façon presque inconsciente sa loi de conservation. Elle ment, tue, vole, usurpe avec une souveraine tranquillité.

En dépit des utopies optimistes, toute société est et sera exploiteuse, usurpatrice, dominatrice et tyrannique. Elle l’est non par accident, mais par essence. « Le corps social, dit Nietzche, devra être la volonté de puissance incarnée, il voudra grandir, s’étendre, attirer à lui, atteindre la prépondérance, — non par un motif moral ou immoral, mais par ce qu’il vit, et par ce que la vie est précisément volonté de puissance. En aucun point cependant la conscience générale des Européens n’est plus réfractaire aux enseignements qu’ici. On s’engoue maintenant partout, même sous le déguisement scientifique, pour un état futur de la société auquel manquerait « le caractère exploiteur », — cela sonne à mon oreille, comme si l’on promettait d’inventer une vie dépouillée de toute fonction organique. L’« exploitation » ne fait pas partie d’une société corrompue ou imparfaite et primitive : elle appartient à l’essence de la vie, comme fonction organique fondamentale, elle est une conséquence de la véritable volonté de puissance, qui est précisément la volonté de la vie, — admettons que, comme théorie, ceci soit une nouveauté, — comme réalité, c’est le fait primitif