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CHAPITRE II

QU’EST-CE QUE LA CONSCIENCE SOCIALE

Nous venons de passer en revue les différents facteurs qui ont été invoqués pour expliquer la formation des sociétés. Nous avons écarté la conception biologique du monde social ; nous avons insisté en revanche sur l’importance des facteurs économiques et des facteurs psychologiques, en subordonnant les premiers aux seconds. L’individu humain nous est apparu comme une force originale et relativement indépendante du mécanisme social. — De même que l’individu peut, par la seule puissance de l’idée, réaliser progressivement en lui un idéal de liberté intérieure, de même il peut, en vertu de la même loi des idées-forces, réaliser progressivement autour de lui un idéal de liberté extérieure et sociale. Pas plus dans l’ordre social que dans l’ordre psychologique, l’individu n’est un simple reflet du mécanisme extérieur. Il est lui-même une énergie modificatrice et, dans certains cas, directrice de ce mécanisme.

Donc autre chose est la conscience individuelle, autre chose la conscience sociale. Cette dernière ne se saisit que dans le cerveau des individus. Et pourtant il y a des antinomies irréductibles entre la conscience sociale et la conscience individuelle, entre le vouloir-vivre de la société et le vouloir-vivre de l’individu. L’évolution même ne fait que mettre davantage en lumière ces antinomies et les marquer plus