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C’est cette idée de la valeur et de l’action individuelles que M. Tarde a eu le mérite de mettre particulièrement en lumière. En secouant le réalisme et le mysticisme social biologique, en substituant en sociologie à l’idée d’Évolution l’idée des causations particulières et des insertions de volontés personnelles, il a réhabilité l’Individu et a justement montré son importance. L’Individu n’est pas un simple produit des facteurs biologiques et sociaux. Il a du moins le pouvoir de résumer à sa façon les influences sociales antérieures et actuelles, de réagir contre elles et de devenir un centre de forces original, le point de départ d’une orientation sociale nouvelle. Par une légitime réaction contre les pesantes doctrines sociales qui écrasaient l’Individu sous le poids des fatalités collectives, M. Tarde a eu le mérite « de subordonner, suivant l’expression de M. H. Mazel, aux qualités individuelles tous les grands facteurs collectifs, moraux ou religieux[1]. »

Ajoutons que l’Individualisme de M. Tarde n’est pas un individualisme aristocratique comme celui d’un Nietzche, c’est-à-dire un individualisme contradictoire. Car cet individualisme aristocratique se convertit en anti-individualisme pour ce qui concerne ceux qui ne sont pas les Maîtres et qui n’ont par suite ni Volonté de Puissance ni droit à la Puissance. L’Individualisme de M. Tarde est un individualisme démocratique qui veut que tous aient part à la Volonté et au droit de Puissance.

C’est le principe de cet Individualisme démocratique que M. H. Mazel développe dans sa théorie de la Synergie sociale. Comme Tarde, Mazel prône l’effort, l’initiative individuelle. « Le critère social, dit-il, est facile à reconnaître. Tout ce qui favorise l’expansion, la responsabilité, l’énergie individuelle est bon, tout ce qui l’entrave est mauvais. La règle, la discipline,

  1. H. Mazel, La Synergie sociale, p. 338.