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ment montré. « En admettant, dit-il, que la lutte pour la vie existe, — et elle se présente en effet, — elle se termine malheureusement d’une façon contraire à celle que désirerait l’école de Darwin, à celle que l’on oserait peut-être désirer avec elle ; je veux dire au détriment des forts, des privilégiés, des exceptions heureuses. Les espèces ne croissent point dans la perfection : les faibles finissent toujours par se rendre maîtres des forts. — C’est parce qu’ils ont le grand nombre ; ils sont aussi plus rusés. Les faibles ont plus d’esprit. J’entends ici par esprit la circonspection. La patience, la ruse, la dissimulation, le grand empire sur soi et tout ce qui est mimicry, une grande partie de ce que l’on appelle vertu appartient à cette dernière[1]. »

Nous dirons un mot maintenant des théories dites économiques qui subordonnent le processus social tout entier au processus économique. Nous croyons pour notre part qu’il convient de faire une grande part à ce facteur. L’Économie sociale touche de près à la Psychologie ; on peut même dire qu’elle est déjà une sorte de Psychologie en action. Car elle n’est autre chose qu’une gestion des besoins et des intérêts vitaux qui, dans la nature humaine, sont l’infrastructure de tout le développement psychologique supérieur. Anton Menger a raison de dire que le point de départ des sociétés est la force et l’usurpation économique. « Au début, dit M. Ch. Andler exposant les vues de Menger, au début ce qui détermine les rapports entre les hommes, ce sont des intérêts plus ou moins nettement aperçus et servis par une organisation d’attaque et de défense plus ou moins vigoureuse. La condition des hommes depuis qu’ils existent est d’extraire par le travail de la surface du globe les ressources qui les font vivre. Mais cette terre qui les nourrit, ils s’en emparent par force

  1. Nietzche, Le Crépuscule des Idoles, trad. H. Albert.