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l’adaptation interne ne se laissera jamais réduire à l’adaptation externe. Au contraire, il y a souvent antinomie entre ces deux adaptations. L’Individu, surtout quand il est intellectuellement et moralement supérieur n’arrive à l’adaptation interne, — à la paix avec lui-même, — que quand il a lutté contre son milieu ; et il a lutté contre son milieu parce qu’il a cru que cela était bon. En ne le faisant pas, il aurait cru mutiler son être ; il aurait créé dans son être intime un état de guerre auquel il préfère la guerre avec l’extérieur.

D’ailleurs, quand on parle de l’adaptation au milieu on simplifie trop la question. Autour de l’individu, il n’y a pas un milieu ; il y a des milieux, des cercles sociaux divers et antagonistes qui s’entrecroisent et luttent les uns contre les autres. — Quel est celui que : l’individu choisira pour s’y adapter ?

Une seule réponse est possible. C’est celui qui s’adaptera le mieux à ses aspirations intimes, à son individuelle volonté de vie. C’est donc l’intérieur qui est ici le principe de l’adaptation externe. La théorie toute mécanique de H. Spencer est encore fausse en ce qu’elle méconnaît absolument l’élément idéologique cet élément qui « surtout en sociologie, comme le remarque M. de Roberty, transforme et modèle la nature au moins autant que la nature le transforme et le modèle lui-même[1] ».

Nietzche a admirablement marqué ce caractère de passivité mécanique inhérent à la sociologie d’H. Spencer. En parlant de Spencer, il s’élève contre « ce mécanisme à l’anglaise qui fait de l’univers une machine stupide[2] ». — « On supprime de plus en plus, dit-il ailleurs, le concept fondamental, celui d’activité. On avance la « faculté d’adaptation », c’est-à-dire une

  1. E. de Roberty, Les Fondements de l’Éthique, p. 95 (Paris, F. Alcan).
  2. Nietzche, Par delà le Bien et le Mal, § 252.