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même à l’égard des corps constitués qui remplacent l’efficace responsabilité personnelle par l’illusoire responsabilité collective ou qui échappent d’une manière ou d’une autre, au contrôle du savoir et de la raison. Et là se trouve aussi peut-être le secret de la supériorité finale des vagues aspirations anarchiques (ou plutôt autarciques) sur les vagues aspirations collectivistes[1]. »

La théorie de M. de Roberty, si ingénieuse qu’elle soit, ne nous paraît point satisfaisante. — D’abord, elle suppose un monisme moral et social qui ne serait qu’une des faces du monisme universel. Dans ce monisme, les conflits ne seraient que passagers, le conflit entre le psychisme collectif et le psychisme individuel ne pourrait, suivant M. de Roberty, avoir un caractère radical et définitif. — Ce monisme nous semble une pure chimère. Les faits attestent partout dans le monde social l’existence d’irréductibles antinomies. Partout il y a conflits : conflits entre cercles sociaux divers et influences sociales diverses ; mais aussi et surtout conflit entre le psychisme collectif et le psychisme individuel, conflit qui au lieu de s’atténuer, semble plutôt s’accentuer avec la marche de la civilisation. Ce conflit est irréductible. Il tient à la nature du psychisme collectif qui est par essence ami du conformisme et hostile à la diversité individuelle. — D’autre part, cette diversité est irréductible. On n’empêchera pas que chaque individu humain ne soit, suivant la pensée de Leibnitz, un point de vue absolument spécial et original ouvert sur le monde social ; on n’empêchera pas qu’il se distingue des autres moi et de l’anonyme socialité ambiante. D’ailleurs, suivant la remarque de M. Sighele, la conscience de l’Individu représente un degré de clarté très supérieur chez certains à l’obscure conscience

  1. E. de Roberty, Morale et Psychologie (Revue philosophique, octobre 1900).