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dictoires : les unes progressives et les autres régressives, les unes tyranniques et les autres émancipatrices, etc. — Peut-on dire que l’individu n’est que la résultante et le reflet de l’ambiance sociale, alors que c’est à lui de choisir entre ces tendances diverses, de les juger, parfois de les condamner et de s’élever au-dessus d’elles ?

La mentalité de Socrate était autre chose qu’un reflet de la mentalité athénienne, puisqu’il y eut conflit entre les deux mentalités ! Si l’on admet la formule de M. Izoulet, il faut faire cette réserve que « l’âme » est souvent une fille révoltée, et légitimement révoltée contre sa mère. La mentalité des individus est souvent supérieure au point de vue intellectuel et moral à celle de la moyenne ambiante. L’individu qui appartient à plusieurs cercles sociaux parfois opposés peut comparer les idéaux de ces cercles divers, les juger, les dépasser et en tirer par la réflexion un idéal supérieur. L’âme qui est « la fille de la cité », c’est l’âme grégaire, cette âme imprégnée du lourd égoïsme et de l’étroit exclusivisme des primitives collectivités. Car le rapprochement des hommes fait prédominer en eux les traits les plus anciens et les plus stables de leur nature atavique : ceux de la mentalité grégaire. M. Sighele a très clairement élucidé cette discussion dans son livre la Psychologie des sectes : « Au point de vue dynamique, dit-il, c’est-à-dire eu égard à son évolution dans le temps, c’est un axiome de dire que plus l’association entre les individus se développe, plus la morale fait de progrès… Mais lorsque les hommes sont réunis statiquement (foules, jurys, corps constitués, assemblées) leur niveau intellectuel et moral, au lieu de s’élever s’abaisse[1]. »

Les agents du progrès social sont les intelligences isolées qui méditent loin des influences grégaires les

  1. Sighele, La Psychologie des Sectes, p. 155 et 156.