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tour de l’individu. Cicéron le remarquait déjà au livre Ier du De Officiis : « Il y a, dit-il, plusieurs espèces de sociétés parmi les hommes. De cette première qui s’étend à l’infini, passons à une autre qui est plus restreinte, celle où l’on forme une même nation, un même peuple, où l’on parle la même langue, toutes choses qui lient fortement les hommes entre eux ; une autre encore plus resserrée, c’est lorsqu’on est de la même cité. — Enfin les liens du rang sont les plus immédiats ; c’est la société ramenée de son immensité à un point[1]. » « Il est rare, dit M. Bouglé, qu’un individu ne ressortisse qu’à une société. Peut-être trouverait-on en remontant jusqu’au Déluge, un membre de tribu qui ne serait que membre de sa tribu, sans plus ; mais le progrès de la civilisation multiplie les groupes dont les individus dépendent, et il semble que plus on est civilisé, plus on compte de ces dépendances. De combien de sociétés un homme du monde ne fait-il pas partie, depuis l’Église dont il est un fidèle, jusqu’à la société d’émulation dont il est le secrétaire, depuis la famille dont il est le père, jusqu’à l’armée dont il est un soldat[2]. ? »

Chacun de ces cercles sociaux, impose à l’individu des devoirs particuliers. Qui ne voit qu’il peut y avoir conflit entre ces devoirs ? La complexité de la vie sociale a son retentissement dans la vie morale de l’individu. L’étude de ces rapports multiples et des conflits moraux qui peuvent en résulter est un des objets les plus intéressants de la psychologie sociale.

Il est important de ne pas perdre de vue en sociologie cet enchevêtrement des relations sociales, afin de ne pas être dupe de cette expression : la société. À vrai dire, il n’y a pas la société, mais des sociétés.

Il est utile également ici de distinguer deux termes fréquemment employés l’un pour l’autre : la Société et l’État.

  1. Cicéron, De Officiis, I, § XVII.
  2. Bouglé, Qu’est-ce que la Sociologie ? (Revue de Paris, 1er août 1897).