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CHAPITRE V

DU CONCEPT DE SOCIÉTÉ

Il peut être utile, pour délimiter l’objet de notre étude, de donner dès à présent une définition de ce qu’on entend par société. Il ne peut être question en ce moment d’une définition réelle de la société, car une telle définition supposerait achevée la sociologie ; mais d’une définition purement nominale et formelle. Nous ne trancherons pas en ce moment le problème du réalisme ou du nominalisme social, c’est-à-dire la question de savoir s’il faut, avec les Platoniciens, regarder la société comme une entité distincte des individus et supérieure à eux, ou s’il faut, avec les Péripatéticiens nominalistes, croire que la société n’est rien en dehors des individus. Nous écartons aussi la question de savoir quel est en fait le facteur générateur des sociétés. Ce sont des problèmes que nous aurons l’occasion d’étudier plus loin.

Il s’agit simplement encore une fois de donner une définition verbale de la société.

Une société est un groupement d’individus réunis, soit spontanément, soit volontairement, sous l’empire de certaines circonstances et de certains besoins. C’est une définition de ce genre que donne le comte de Gobineau au début de son ouvrage sur l’inégalité des races humaines. « Ce que j’entends par société, dit-il, c’est une réunion plus ou moins parfaite au point de vue politique, mais complète au point de vue social,