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et en les observant dans les choses extérieures, car c’est là seulement où ils peuvent être mesurés, connus quantitativement. Comme nos sentiments sont variables et discutables, nous devons chercher dans le monde extérieur des phénomènes fixes, vraiment objectifs qui nous serviront à mesurer les phénomènes sociaux.

Les règles juridiques par exemple rempliront ce rôle. En considérant les variations du nombre des règles relatives à certains délits dans certaines sociétés nous pourrons étudier objectivement les variations de la solidarité sociale. Comme le fait remarquer M. Bouglé, « il faudrait, pour que cette méthode fût exacte, qu’il y eût entre les phénomènes sociaux proprement dits et ces phénomènes matériels une correspondance exacte, et que les variations des codes par exemple, fussent parfaitement parallèles aux variations des sentiments juridiques. Or, il n’est pas facile, en science sociale, de démontrer de pareilles correspondances. Jhering remarque que bien des sentiments juridiques restent sans expression, sans symbole sensible. Certains sentiments très forts peuvent ne pas s’objectiver dans une forme définie. Bien plus, n’est-il pas souvent juste de dire que le moment où un sentiment commence à s’exprimer, à entrer dans les choses, marque le moment où il commence à décliner, à sortir des consciences ? Jhering a montré qu’on s’abuserait si on jugeait des rapports réels entre père et fils à Rome par l’expression juridique de ces rapports[1] ». M. Max Nordau a montré dans son livre : Les Mensonges conventionnels de notre civilisation, quel écart existe souvent entre nos institutions et nos croyances véritables, entre notre pratique sociale et notre pensée intime. Notre vie sociale est en grande partie symbole, simulacre, mensonge. C’est précisément au moment où les pouvoirs sociaux et les institutions sociales

  1. Bouglé, Les Sciences sociales en Allemagne, p. 151.