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être l’étude seule des facteurs géographiques ou physiologiques, mais encore celle des facteurs moraux, l’influence de la nature ou de l’hérédité sur une société étant en somme moindre que l’action des individus qui la composent ou des autres sociétés qui l’avoisinent. En remplaçant, ou mieux en ajoutant aux causes climat et race les causes invention et imitation, il rendait à la Sociologie son indépendance comme aux sociétés humaines leur liberté[1]. »

À l’heure présente, remarquons-le toutefois, les considérations économiques n’ont pas disparu. Elles dominent en particulier toute la sociologie socialiste. Mais en même temps sous l’influence de penseurs tels que MM. Tarde, Simmel, Sighele, Nordau, se dessine une orientation nettement psychologique. Ajoutons à ces influences celle de deux philosophes qui, bien que n’étant pas des sociologues proprement dits, ont apporté dans la critique des choses morales et sociales le plus pénétrant esprit d’analyse : Schopenhauer et Nietzche. L’influence de ce dernier en particulier s’est encore peu fait sentir en sociologie. Mais demain peut-être, en dépit de certaines idées rétrogrades[2] qui gâtent son œuvre, cet ennemi du dogmatisme sera-t-il, en raison même de son inspiration antidoctrinaire, un de ceux qui contribueront le plus à la rénovation d’une science où l’on a parfois trop dogmatisé.


  1. H. Mazel, La Synergie sociale, p. 330.
  2. Celles relatives au faux aristocratisme de Nietzche.