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Si l’on cherche à suivre l’évolution de la Sociologie dans notre siècle, on voit que cette évolution semble avoir traversé trois phases : 1° la phase économiste ; 2° la phase naturaliste ; 3° la phase psychologique.

M. H. Mazel retrace excellemment dans les lignes suivantes les trois phases de cette évolution : « Il y a quelque vingt ou trente ans, le domaine sociologique semblait être le fief des économistes, et ceux-ci se faisaient de leur science une idée singulièrement étroite. Cette étroitesse, on peut la deviner à la seule définition que l’on donnait alors de l’économie politique : la science de la richesse. La richesse était en voie de devenir une sorte d’idole à laquelle on sacrifiait l’homme ; sa production, fin unique des sociétés, devait être poussée à son maximum. Il y a non plus trente ans, mais cinq ou six seulement, le champ sociologique était devenu l’apanage des naturalistes ; le puissant mouvement d’idées produit par l’hypothèse évolutionniste avait eu son contre-coup dans les sciences sociales, et celles-ci, suivant le mot connu de Taine, se détachaient des spéculations métaphysiques pour se souder aux sciences naturelles. On n’entend plus alors s’entrechoquer les mots rente et valeur, libre-échange et protection, double étalon et simple étalon, mais les termes organisme, sélection, lutte pour la vie reviennent sans cesse ; les préoccupations d’hérédité, d’atavisme, de croisements et de retour au type deviennent dominantes ; chez les disciples appliqués, plus caractéristiques que les maîtres, la théorie devient tyrannique et toute différence s’efface entre les sociétés humaines et les sociétés animales. C’est dans ce milieu que M. Tarde vient d’élever la voix, et déjà son influence semble aussi décisive contre l’abus naturaliste que l’avait été celle de Le Play contre l’abus économiste. Lui aussi ne s’avise pourtant que d’une chose bien simple, à savoir que les hommes ne sont pas des anthropoïdes et que la Sociologie ne doit pas