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d’individualités qu’un volume plein de boursouflure traitant du « développement de soi-même, » etc.

« La possession de la puissance se paye cher, — la puissance abêtit. — Mais la lutte pour la puissance est le principe vital de tous les grands mouvements, et c’est assez qu’en elle et par elle des individualités se dressent, plus nombreuses et plus riches… Autrefois, le socialisme était un dogme. Aujourd’hui, il est un grand mouvement. Le dogme tombe en morceaux ; mais la sensibilité et la vie individuelle s’agitent plus fécondes et plus riches.

» Nietzche a été des nôtres. Il n’a pas été le philosophe du romantisme des corporations moyenageuses, et il a rompu avec Wagner qui a été, dans l’art, le représentant de ce romantisme. Il n’a pas été non plus le philosophe du capitalisme… Il croyait aux grands hommes du passé et — c’est ce qu’il y a d’admirable et de divin dans ce génie — à la grande humanité de l’avenir. Il a prophétisé ce qui doit être le principe de notre tâche : que la valeur de l’humanité réside dans l’homme même, et que toute véritable ascension de l’humanité aura un sens aristocratique[1]… »

Oui, il n’y a point de démocratie vraie sans une aristocratisation de la foule. Un de nos amis se proposait de lire et commenter devant un auditoire populaire le passage du Danseur de corde, dans Ainsi parlait Zarathoustra. On lui déconseilla de faire cette lecture comme peu démocratique et imprégnée d’un mépris de la foule. Pourtant notre ami avait raison. Il faut que la foule s’ennoblisse, qu’elle se déloge de son âme de foule, qu’elle sente l’horreur de l’abominable esprit grégaire que Nietzche a si admirablement exprimé : « Va-t’en de cette ville, o Zarathoustra ; ils sont trop qui te haïssent. Les bons et les justes te haïssent, et ils t’appellent leur ennemi et leur contempteur ; les

  1. Gystrow, Etwas ber Nietzche und uns Sozialisten (Socialistische Monatshefte, loc. cit.).