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Nous rejetons toutes les formes du dogmatisme social, aussi bien le dogmatisme a posteriori que le dogmatisme a priori, et nous leur opposons l’Individualisme comme la vraie philosophie sociale.

Nous pouvons voir maintenant d’une façon claire ce qu’il y a de vrai et de faux dans le socialisme.

Le socialisme est légitime et vrai en tant qu’il lutte pour les idées de liberté et d’émancipation individuelles. À ce titre, il n’est qu’un moment dans le développement de l’individualisme. Et il est légitime dans la mesure où il est une affirmation de l’Individualisme.

Mais le socialisme a tort s’il croit pouvoir s’immobiliser dans un dogme arrêté, dans une conception unitaire, dans un idéal fixe, s’il se transforme en dogmatisme social. Car alors il prend le caractère de tout dogmatisme, celui d’être pour l’Individu une coaction et une contrainte. Beaucoup de socialistes ont aperçu ce danger et refusent avec raison d’enfermer le socialisme dans une formule dogmatique définitive. Dans un article[1] des Sozialistische Monatshefte écrit à propos de la mort de Nietzche, M. E. Gystrow repousse le socialisme comme conception immobile et statique, et n’admet la légitimité que d’un socialisme dynamique, d’un socialisme en évolution et se dépassant toujours lui-même. « Le vieux révolutionnaire Engels, dit M. Gystrow, a lui-même fait table rase de la révolution obligatoire. Le mouvement du socialisme vers son but final (Endziel) devait s’accomplir par des voies légales. Ensuite est venu Bernstein, qui a rayé le dogme du « but final »… Tout mouvement a une direction ; mais autre chose est direction, autre chose but final.

» Un mouvement historique n’est pas une ligne défînie, une parabole ou une spirale d’Archimède, mais une courbe que les plus grands génies de la géométrie

  1. Socialistische Monatshefte, Heft October 1900.