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On a invoqué en faveur du dogmatisme social deux sortes d’arguments, les uns a priori les autres a posteriori. Et on pourrait ainsi distinguer deux sortes de dogmatismes sociaux : les dogmatismes sociaux a priori et les dogmatismes sociaux a posteriori.

Le dogmatisme social a priori a pour premier et principal représentant Platon qui restera le type éternel de la philosophie sociale unitaire. Platon, on le sait, invoque l’idée rationnelle d’unité, et il croit que cette idée plane au-dessus des Individus, qu’elle leur est antérieure et supérieure. Par conséquent, la cité est supérieure aux citoyens. La cité est tout ; l’individu n’est rien. Aristote a fait justice de cet argument. Réfutant Platon, il montre qu’une déduction logique de l’idée d’unité conduirait à diviniser l’individu plutôt que la cité. « En effet, dit-il, Socrate regarde comme fin de la cité l’unité absolue. Mais qu’est-ce qu’une cité ? C’est une multitude composée d’éléments divers ; donnez-lui plus d’unité, votre cité devient une famille ; centralisez encore, votre famille se concentre dans l’individu : car il y a plus d’unité dans la famille que dans la cité et plus encore dans l’individu que dans la famille[1]. « Ainsi, il n’y a pas d’unité plus réelle, plus complète que l’Individu. C’est donc lui qui, d’après les principes mêmes de Platon, incarnerait le mieux l’idée d’unité. C’est aussi par la voie a priori que certains kantiens et néokantiens arrivent à poser le dogmatisme social et croient pouvoir affirmer la subordination nécessaire et légitime de l’individu à la société. Mais leurs arguments n’ont pas plus de valeur que l’argument platonicien qu’on retrouve plus ou moins dans tous les autres.

Les dogmatiques sociaux à posteriori prétendent fonder cette subordination sur un fait d’expérience généralisé et interprété comme une nécessité naturelle.

  1. Aristote, Politique, livre II.