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Il y a beaucoup de points de contact entre le Socialisme et l’individualisme. Le Socialisme s’inspire dans une large mesure de l’Individualisme, et sur beaucoup de points s’efforce de lui donner satisfaction. — Il se propose l’émancipation économique de l’individu et veut l’arracher aux étreintes du capitalisme. Bien plus, il veut détruire non seulement le capitalisme comme régime économique, mais les institutions et fondations sociales qui sont les conséquences de ce régime : le droit capitalistique et bourgeois qui nous régit, la morale propriétaire et bourgeoise faite dans un intérêt de classe et oppressive de l’individu. Un sociologue allemand a dit à ce sujet : « Sans le libéralisme le socialisme est absolument inconcevable : le socialisme est essentiellement libéral ; il s’inspire des idées d’affranchissement et d’émancipation qui sont, de nos jours, la condition et la garantie la plus sûre de son existence. Ce qu’il s’efforce d’obtenir n’est rien moins que l’affranchissement des travailleurs vis-à-vis de la toute-puissance du capital[1]. »

Ce n’est pas tout. Aujourd’hui le socialisme est encore dans la phase militante. Il est encore un parti d’opposition et de lutte. Aussi défend-il la liberté sur le domaine politique, social, moral, toutes les fois qu’il en trouve l’occasion. Il favorise toutes les lois, toutes les motions, toutes les mesures propices à l’émancipation matérielle, intellectuelle et morale de l’individu. Il cherche volontiers à briser les cadres sociaux et moraux du passé. C’est ainsi que, sur le terrain moral, beaucoup de socialistes sont partisans de l’union libre. C’est ainsi que dernièrement en Allemagne le parti socialiste tout entier a voté contre la vexatoire et quelque peu ridicule loi Heintze. Il est donc incontestable qu’aujourd’hui le socialisme repré-

  1. Ziegler, La Question sociale est une question morale (Paris, F. Alcan, p. 11).