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cette diminution intellectaelle et morale qu’on appelle l’esprit de corps ou l’esprit de classe.

En admettant que, par un fait exceptionnel, il soit capable de maintenir au sein de sa classe son indépendance intellectuelle et morale, ses descendants dégénéreront, ils se grégariseront. Ils jouiront de la situation acquise. Lui aura été peut être un créateur de vérité ou de richesse. Eux seront des parasites.

Comme nous l’avons dit, rien de plus difficile que de dire à quel signe on reconnaîtra l’élite, c’est-à-dire la supériorité individuelle ; car la prétendue supériorité sociale n’a aucune signification. Une seule chose est sûre : c’est que la supériorité intellectuelle et morale est chose essentiellement individuelle. Elle réside dans un individu, non dans une famille, ni dans une classe. Il n’y a pas de classe d’élite, il n’y a que des individus d’élite.

Par suite, si un régime social de l’avenir, qu’il s’appelle socialisme ou autrement, veut fonder une élite, qu’il jette par-dessus bord la notion de classe et même celle d’élite collective ; mais qu’il cultive, qu’il intensifie le sentiment de l’individualité et de la valeur individuelle. Qu’il fasse des hommes qui sachent être eux-mêmes.

Qu’il prenne pour devise l’aphorisme de Nietzche : « Vous ne devez pas seulement vous élargir, vous devez surtout vous grandir (Nicht nur fort sollt Ihr euch pflanzen, sondern hinauf). » Et nous ajouterons : Vous ne devez point vous grégariser, mais au contraire vous individualiser.