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CHAPITRE III

DE LA REFORMATION DES SOCIÉTÉS — DE LA REFORMATION DES CLASSES. — LA QUESTION DES ÉLITES

L’état d’amorphisme qui suit la destruction d’une société n’est que provisoire. Quand une société disparait, les éléments laissés en liberté par cette destruction se réunissent bientôt sous l’empire des circonstances dans un ordre nouveau où toutefois quelque chose subsiste des formes anciennes.

Cette loi s’applique à ces sociétés spéciales qu’on appelle des classes. Détruites, elles renaissent sous une autre forme, avec un personnel différent, avec un esprit et une discipline sociale différente : mais elles renaissent toujours. Cette loi semble inéluctable. Sans doute, sous l’influence de la croissance des idées égalitaires, l’esprit de classe, l’esprit de hiérarchie subissent un affaiblissement. Mais ils ne disparaîtront vraisemblablement jamais. Il y aura toujours des classes et des hiérarchies moins fermées et moins rigides que par le passé, mais il y en aura toujours.

Le socialisme lui-même qui semble l’incarnation des idées égalitaires ne supprimera pas complètement les hiérarchies ni les classes.

Certains théoriciens établissent, il est vrai, une distinction entre deux idées : celle de la division du travail et celle de hiérarchie. Ils disent que le travail social peut être divisé sans que cette division comporte une hiérarchie. Tous seraient socialement égaux dans l’exercice de fonctions différentes.