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nismes extérieurs et sociaux. Un critique, M. Ch. Saroléa[1], fait une distinction très fine entre ce qu’il appelle les conflits individuels et les conflits sociaux. Il entend par conflits sociaux ceux qui résultent de l’antagonisme entre deux classes (par exemple entre la noblesse et la roture, entre la classe riche et la classe pauvre), au contraire, il entend par conflits individuels les conflits de l’individu avec lui-même déterminés par les divers cercles sociaux auxquels il peut appartenir et par les influences sociales contradictoires auxquelles il peut se trouver soumis. — Le parallélisme de ces antagonismes dans le milieu social et dans la conscience individuelle constitue un sujet d’étude des plus importants pour le psychologue social.

L’importance des rapports entre la mentalité individuelle et la mentalité de la cité ou société a été aperçue dès longtemps par ceux qui se sont occupés des problèmes sociaux et politiques. — Dans le chapitre iii du livre III de sa Politique, Aristote se pose, dans des termes assez obscurs il est vrai, la question de savoir si le concept de vertu doit être défini de la même façon quand il s’agit de l’homme privé et du citoyen. Sighele étudie un problème du même ordre quand il se pose la question de savoir si le fait de prendre contact, de se tasser, de s’agglomérer tend à élever ou à abaisser le niveau intellectuel et moral des individus[2]. M. de Roberty se pose aussi le même problème que Sighele et lui donne une solution semblable, mais qu’il interprète autrement[3].

Les points sur lesquels il y a conflit entre la conscience individuelle et la conscience sociale sont plus nombreux et plus importants que ceux sur lesquels il

  1. Ch. Saroléa, Henrik Ibsen et son œuvre, p. 71.
  2. Sighele, Contre le Parlementarisme, 1895.
  3. De Roberty, Morale et Psychologie (Revue philosophique, octobre 1900).