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Parmi les individus qui survivent aux cadres sociaux brisés, les uns n’ayant pas la plasticité nécessaire pour se plier aux cadres nouveaux, ne tardent pas à périr. Les autres s’adaptent aux conditions sociales nouvelles. Ainsi, après une crise comme la Révolution française, véritable fin d’un monde, les membres de l’ancienne société ont en partie disparu, emportés dans la tourmente, ou incapables de se plier à l’ordre de choses nouveau ; les autres se sont pliés aux conditions nouvelles et ont survécu.

Quoi qu’il en soit, sur les ruines des sociétés mortes d’autres sociétés se reforment toujours ; et elles présentent à leur tour les mêmes phases d’évolution et de dissolution qu’avaient traversées leurs devancières. Ceci semblerait donner raison à la théorie des ricorsi, des retours éternels dans la vie de l’humanité. Pas tout à fait cependant, car les sociétés nouvelles sont loin de répéter dans tous leurs traits les formes sociales disparues.

Des idées nouvelles sont nées, des techniques nouvelles ont apparu, — fruit d’un long labeur humain, — qui ne sont pas entraînées dans la ruine de telle ou telle forme sociale et qui empêchent l’avenir de répéter le passé. On fait un pur jeu de mots quand on dit que le socialisme contemporain, fondé sur des vues théoriques, éthiques et techniques très complexes et très savantes, n’est qu’un retour au vague communisme des sociétés primitives.

Les inventions et les idées issues du long travail des générations ne disparaissent pas avec une société particulière. Elles trouvent un refuge dans le cerveau des individus qui forment la matière encore amorphe des sociétés de demain et qui au milieu de la ruine des formes sociales jouent d’une manière plus ou moins consciente le rôle d’agents de transmission du Progrès.

Demandons-nous maintenant quelles sont les causes de la décadence et de la désagrégation des sociétés.