Page:Palante - Précis de sociologie, 1901.djvu/147

Cette page a été validée par deux contributeurs.


est un gain de matière accompagné d’une perte relative de mouvement et toute dissolution l’inverse. M. Tarde traduit cette formule mécanique en disant que tout développement vivant ou social est un accroissement d’organisation compensé ou plutôt obtenu par une diminution relative du fonctionnement[1].

Au point de vue physiologique, il faut invoquer avec les Darwiniens, comme facteurs du Progrès, la concurrence vitale et la survie des plus aptes. Faut-il ajouter l’hérédité des caractères acquis ? Cette question est encore aujourd’hui une des plus controversées en biologie. Weismann, comme on sait, admet la non-transmissibilité des caractères acquis pendant la vie de l’individu. Les Lamarckiens admettent l’hypothèse contraire.

Voici comment un sociologue contemporain résume l’état actuel de la question : « La victoire, dit M. Matteuzzi, est désormais assurée aux Néo-Lamarckistes, et ainsi se présente à la biologie un champ encore très vaste à explorer. Avec la théorie de Weismann, tout se limitait à la sélection naturelle… Au contraire, avec le principe de l’école adverse, le problème de l’hérédité des caractères s’impose à l’examen. — Or, si les sociologues avaient pleinement accepté les théories de Weismann, comme l’a fait M. Kidd, ils seraient fatalement tombés dans l’erreur, au moins pour les théories qui auraient eu pour fondement des lois biologiques d’une telle nature. Il aurait fallu attribuer tout perfectionnement organique à la lutte pour l’existence, en négligeant les facteurs plus simples et plus généraux de l’influence du milieu et de l’hérédité des caractères acquis[2]. "

Nous admettrons pour notre part les conclusions de M. Matteuzi. La théorie de Weismann nous paraît

  1. Voir Tarde, Les Lois de l’Imitation, p. 165.
  2. Docteur A. Matteuzi, Les Facteurs de l’Évolution des Peuples (Paris, F. Alcan, 1900), p. 18.