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Il serait inexact d’opposer ces deux termes : science et individualisme. Individualiste, la science l’est d’abord par l’esprit de libre recherche, de non-conformisme intellectuel qui l’inspire. Descartes, en même temps qu’il est le fondateur de la science moderne, est le père de l’individualisme.

Individualiste, la science l’est aussi par ses résultats. Elle a brisé tous les dogmatismes métaphysiques, moraux et sociaux au nom desquels on prétendait imposer une norme uniforme aux esprits, aux cœurs et aux volontés. En exposant sa Morale sans obligation ni sanction, Guyau nous a montré ce que peut être la Morale issue de l’Esprit scientifique. On se rappelle que tous les équivalents de l’impératif catégorique qu’il propose dans ce livre sont empruntés aux idées scientifiques et en même temps qu’ils consacrent l’absolue autonomie, l’absolue anomie de l’individu. Il n’y a donc rien de contradictoire entre l’esprit scientifique et la marche progressive des idées d’émancipation individualiste. Nous pouvons admettre que dans l’avenir les deux lois d’assimilation et de différenciation agiront concurremment. L’Évolution sociale apportera de plus en plus d’uniformité entre les hommes en ce qui concerne les connaissances scientifiques, ainsi que le régime économique et la technique industrielle. Mais l’activité esthétique et morale restera le domaine de la différenciation et de la diversité. La complication et la diversité croissante des relations sociales, la richesse croissante de la vie esthétique et morale, la conscience de plus en plus délicate et de plus en plus complète que l’humanité prendra d’elle-même dans chaque individu, tout cela offre aux aspirations individualistes une carrière illimitée.

Ainsi l’individu ne s’absorbera jamais dans un monisme stérile, dans une triste et monotone uniformité. L’humanité échappera à ce faux idéal. Telle religion, telle civilisation pourra peut-être encore, comme cela