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intermentale, c’est-à-dire de l’action d’un esprit sur un autre esprit. Quelles sont les conditions de distance, d’âge, de sexe, de taille, d’énergie physique, de santé, de race, etc., qui influent sur la suggestivité des uns et la suggestibilité des autres dans le phénomène social de l’imitation ? — Nous ne pouvons suivre M. Tarde dans les intéressants développements qu’il consacre à ces questions. Nous insisterons seulement sur les conclusions individualistes qui se dégagent du passage suivant : « Le privilège d’une suggestivité supérieure n’est pas attaché d’une manière permanente à une seule race ; il se déplace d’âge en âge et tient à des circonstances historiques dont telle ou telle race a bénéficié. Il en résulte aussi que, à un moment donné, le fait d’appartenir à une race réputée supérieure, à tort ou à raison, rend un homme plus suggestif, plus impressionnant, plus propre à transmettre la contagion des idées et des actes. Mais cette suggestivité supérieure, qui tient à la race, est de plus en plus subordonnée à celle qui dérive de supériorités individuelles. Ajoutons que s’il n’y a pas de race née pour inventer toujours, pour commander et pour enseigner à tous égards et à jamais, il n’y a pas non plus de supériorité individuelle permanente et absolue. Le plus savant d’entre nous a quelque chose à apprendre du plus ignorant, le meilleur quelque exemple à prendre du pire. Aussi voit-on, dans une société en progrès, le commandement comme l’obéissance se fractionner et devenir ainsi de plus en plus réciproque. Par le travail et l’échange généralisés, chacun de nous est le serviteur de ceux pour qui il travaille et le maître de ceux qui travaillent pour lui[1]. »


  1. Grande Revue du 1er novembre 1900, p. 330.