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LES GARDIENNES

La Misangère pensait différemment, sur le compte du valet, mais elle gardait pour elle ses réflexions. Plusieurs fois par jour, elle allait au Paridier ; elle arrivait à toute heure, à l’improviste ; au point du jour où bien au beau milieu de la veillée, elle traversait la cour en amortissant le bruit de ges pas, puis ouvrait la porte d’une seule poussée. Trois mois passèrent sans qu’elle vît rien d’inadmissible. Un jour, cependant, elle remarqua ceci : Solange avait rattaché solidement à la porte de sa chambre, un vieux verrou qui ne tenait plus guère. Interrogée à ce sujet, la jeune femme sembla gênée. Il lui arrivait d’avoir peur la nuit, disait-elle ; à cause des histoires de bataile que tout le monde racontait, elle se forgeait d’effrayantes chimères qui l’empêchaient de dormir.

La Misangère accueillit cette nouvelle d’un air innocent ; le soir même, elle dressa son lit au Paridier, laissant le père Claude tout seul à Château-Gallé.

Solange sembla vexée et ne romercia point sa mère. Celle-ci redoubla de vigilance. Elle acquit bientôt cette certitude : le valet poursuivait Solange et Solange résistait… Solange résistait encore à ce chétif dont les galanteries ne la flatiaient guère, mais sa coquetterie ne diminuait pas, bien au contraire !


La Misangère ne balança point. Sous un prétexte insignifiant, un matin de février, elle chassa le valet. Il n’y eut pas de dispute entre eux ; elle parla de haut et Antoine s’en alla sans demander