Page:Péguy - Les Mystères de Jeanne d’Arc, volume 2.djvu/217

Cette page n’a pas encore été corrigée


DE LA DEUXIEME VERTU

Et moi je vous dis Remettez à demain

Ces soucis et ces peines qui aujourd'hui vous rongent

Et aujourd'hui pourraient vous dévorer.

Remettez à demain ces sanglots qui vous étouffent

Quand vous voyez le malheur d'aujourd'hui.

Ces sanglots qui vous montent et qui vous étranglent.

Remettez à demain ces larmes qui vous emplissent les

yeux et la tête. Qui vous inondent. Qui vous tombent. Ces larmes qui

vous coulent. Parce que d'ici demain, moi, Dieu, j'aurai peut-être

passé. La sagesse humaine dit : Malheureux qui remet à

demain. Et moi je dis Heureux, heureux qui remet à demain. Heureux qui remet. C'est-à-dire Heureux qui espère. Et

qui dort. Et au contraire je dis Malheureux. Malheureux celui qui veille et ne me fait pas confiance. Quelle défiance de moi. Malheureux celui qui veille. Et

traîne. Malheureux celui qui traîne sur les soirs et sur ses nuits. Sur les avancées du soir et sur les tombées de la nuit. Comme une traînée d'escargot sur ces belles avancées. Mes créatures.

Comme une traînée de limace sur ces belles tombées. Mes créatures, ma création. Les lents ressouvenirs des soucis quotidiens. Les cuissons, les morsures. Les traces sales des soucis, des amertumes et des

inquiétudes.

209 porche. — 12.

�� �