Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 2.djvu/153

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

C’est détestable, mais curieux voilà la rime qui se prononce, qui prend le dessus ; après avoir été accessoire dans les poëmes du siècle d’Auguste, elle devient la seule difficulté des poëmes nouveaux, où l’imitation des vers héroïques n’est plus, en quelque sorte, qu’une tradition défigurée. Saint Augustin met de côté toutes les prétentions de rappeler les procédés de l’art ancien écartant tous les souvenirs de la métrique latine, dont il avait cependant autrefois composé un traité en cinq livres ; pour les besoins de son troupeau, pour graver dans les esprits les principes de la controverse contre le donatisme qui avait si longtemps déchiré l’Eglise d’Afrique, il compose un psaume Contra donatistas , et ce psaume ne compte pas moins de deux cent quatre-vingt-quatre vers, divisés en vingt couplets de douze versets, chacun accompagné d’un refrain, sans compter l’épilogue. Ces vers sont tous également composés de seize à dix-sept syllabes partagées au milieu par une césure et se terminant tous par la même rime :

Omnes qui gaudetis de pace, modo verum judicate,

Abundantia peccatorum solet fratres conturbare
Propter hoc Dominus noster voluit nos praemonere,

Comparans regnum cœlorum reticulo misso in mare.

Vous voyez qu’ici tous les artifices de la poésie ancienne ont disparu ; tout ce qui ressemblait à la quantité, aux dactyles, aux spondées, s’est effacée : il ne reste plus que les deux éléments de toute