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Chérubin.

Tu te trompes, Figaro. Dis plutôt l’ami du Comte & de la Comteſſe.


Figaro.

Cette généroſité eſt admirable ; mais la Terre n’en eſt pas moins à vous ; & le dérangement de Monſieur le Comte…


Chérubin.

Malgré ſa poſition, il n’a pas voulu accepter mes ſervices. Je n’ai acheté ſa Terre qu’à condition que lui & la Comteſſe l’habiteroient leur vie durant.


Figaro.

Fort bien : vous n’aurez pas les honneurs de la Seigneurie ; mais vous en ferez valoir les droits. Je crois que Monſieur le Comte n’auroit jamais conſenti à vous céder ſa Terre, s’il n’avoit pas vu que votre reſpect pour la Comteſſe augmentoit tous les jours, tandis que l’amour que vous aviez pour elle diminuoit furieuſement : il étoit ſi violent qu’il ſautoit aux yeux des moins clairvoyans ; mais le calme où vous êtes depuis quelque tems n’eſt pas moins viſible. Je ſuis un vieux routier. Voyons ſi je ne devinerai pas la cauſe de cette tranquillité apparente. Madame la Comtesse, ſe montrant plus traitable à votre égard, pourroit bien…… Eh, qu’en dites-vous ? Les femmes ſont ſupérieures dans ce manége : tant qu’elles font les cruelles & qu’elles n’ont rien à ſe reprocher, elles ne prennent aucun ſoin pour voiler une intrigue ; mais lorſque leurs bontés deviennent enfin la récompenſe de nos ſoins, c’est alors qu’elles emploient