Page:Olympe de Gouges - Le Mariage inattendu de Chérubin.djvu/100

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Le Comte, la retenant & déguiſant ſa voix.

Fanchette, vous me fuyez.


Fanchette.

Ciel ! Il n’y a plus de lumières. Ah ! je vous ai mal connu, Chérubin.


Le Comte.

Fanchette, vous devez m’excuſer. La paſſion la plus vraie & la plus reſpectueuſe doit me juſtifier à vos yeux.


Fanchette.

Non, je dois vous abhorrer. Je vois que vous vous êtes flatté de m’eblouir par votre rang, & qu’une pauvre payſanne ne pourroit réſiſter à un grand Seigneur. Je ne ſuis qu’une fille de village ; mais apprenez que j’ai des ſentimens trop élevés pour répondre à vos coupables deſirs. J’ai pu vous aimer tant que je vous ai cru honnête ; mais je vois que vos vertus n’étoient qu’une feinte pour me ſéduire, & que vous êtes un homme auſſi mépriſable que Monſieur le Comte.


Le Comte, à part.

Quelle déclaration elle me fait-la ! (Haut, ſe mettant à genoux.) Que j’obtienne mon pardon, ou que j’expire à vos yeux.


Fanchette.

Oui, je vous l’accorde, ſi vous me prouvez que vos ſentimens n’ont rien perdu de leur pureté.


Le Comte, ſe relevant.

N’en doutez point, aimable Fanchette. (On