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trons-nous reconnaissants, afin que la parole de Dieu habite en nous[1] ; sommes-nous pieux, pleins de sollicitude et de ferveur ; gardons-nous bien de nous confier en nos mérites et de nous appuyer sur nos œuvres : sinon la grâce n’arrivera pas jusqu’à nos cœurs ; il est déjà plein, et la grâce n’y saurait trouver place.

10. Avez-vous considéré le Pharisien en prière ? Il n’était ni voleur, ni injuste, ni adultère. Ne croyez pas qu’il fût non plus déshérité de tout fruit de pénitence. Il jeûnait deux fois la semaine ; il payait la dîme de tous ses biens. Vous le soupçonnez peut-être d’avoir été ingrat ? Écoutez-le s’écrier : Mon Dieu ! je vous rends grâces. Mais son cœur n’était pas vide, il n’était pas humble : c’était un cœur enivré d’orgueil. Au lieu de chercher à connaître ce qui lui manquait, il s’exagérait son propre mérite. Au lieu d’une plénitude solide, il n’y avait en lui qu’une tumeur. Aussi redevint-il vide après avoir simulé la plénitude. Le Publicain, au contraire, qui s’était abaissé parce qu’il avait cherché a présenter un vase vide, remporta une grâce plus abondante[2]. Désirons-nous donc, mes frères, trouver la grâce, abstenons-nous désormais de nos vices, et faisons de nos péchés passés une digne et sérieuse pénitence. Ensuite, empressons-nous de nous montrer dévoués à Dieu et parfaitement humbles. C’est, en effet, sur les âmes ainsi disposées que Dieu aime à reposer ses yeux, selon cette parole du Sage : La grâce et la miséricorde de Dieu sont sur les Saints ; il repose son regard sur ses élus[3]. Peut-être est-ce pour cela qu’il rappelle quatre fois à lui l’âme qui attire ses regards, et qu’il dit : Revenez, revenez, ô Sunamite ; revenez, revenez, afin que nous vous voyions[4]. Il ne veut qu’elle reste ni dans l’habitude du péché, ni dans une conscience coupable, ni dans la tiédeur et l’indifférence de l’ingratitude, ni dans la cécité de l’orgueil. À ce quadruple péril, daigne nous arracher et nous soustraire Celui qui, pour nous, a été fait, par Dieu le Père, sagesse, justice, sanctification, rédemption, Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui avec le Père et l’Esprit-Saint, vit et règne en Dieu dans les siècles sans fin. Ainsi soit-il.


SERMON

POUR LA NATIVITE DE SAINT JEAN-BAPTISTE De la lampe, à ta triple ardeur el à la triple lumière. i. Loin de cette réunion, ce reproche du Prophète condamnant les assemblées des Juifs et disant : Vosassemblées sont injustes^ Nos réunions à nous ne sont pas coupables, mais saintes, religieuses, pleines de grâce et dignes de bénédiction, puisque vous êtes rassemblés pour écouter Dieu et aussi pour le louer, l’adorer, le prier. Et ces deux genres de réunions sont sacrées, car elles plaisent à

— » Coloss. m, 16, 15. — * Isaïe i, 13. Dieu, et les engesysont présents. Demeurez donc, mes frères, dans le respect, l’attention et la dévotion de l’esprit, surtout dans le lieu de la prière, dans cette école du Christ, dans cet auditoire tout spirituel. Considérez, mes bien -aimés, non les choses visibles et passagères, mais plutôt les invisibles et les éternelles ; jugez d’après la foi, et non d’après l’aspect extérieur. Ces deux endroits sont vrai-Luc xvm, 10, 14. — s Sagesse iv,15,— » Cantiq. vi, 12.

  1. Coloss. iii, 16, 15.
  2. Luc xviii, 10, 14.
  3. Sagesse iv, 15.
  4. Cantiq. vi, 12.