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LIBÉRATION DU ROMAN PAYSAN

capte l’intérêt et fascine le lecteur. Le style contribue lui aussi à développer cette atmosphère : style primitif, d’un primitivisme étudié selon certains critiques, mais primitif quand même et nouveau dans nos lettres ; un style en quelque sorte incorporé à l’action en lui communiquant quelque chose de sa substance, un style à l’état brut qui réussit à faire passer bien des incorrections de langue.

Car la langue de Thériault est loin d’être ciselée ; certains lui en ont fait un grief majeur, allant jusqu’à mettre ce défaut de l’avant pour refuser son œuvre tout entière. On peut dire, en résumé, que Thériault a dérouté la critique, notre critique trop conservatrice et, encore à bien des points de vue, réactionnaire. Dès ses « Contes pour un homme seul », parus à un moment où Giono et Ramuz étaient à peine connus chez nous, Thériault avait déjà sa manière bien à lui. Il l’a conservée dans ses deux premiers romans en en améliorant les détails. « La Fille laide » plaira ou ne plaira pas : il n’y a pas de milieu, tout comme « Le dompteur d’ours » où il a réussi, par un habile tour de passe-passe, à réaliser l’unité d’une œuvre, à première vue disparate.

Thériault brave effrontément la critique et