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NOS PREMIERS ROMANS

génération de 1763. Mais leur erreur vient de ne pas avoir vu l’instant où il aurait fallu faire la part des choses. Ils ont douté de la vigueur de pensée du peuple canadien-français, de sa valeur intellectuelle. Ils ont cru — ou feint de croire pour mieux le tenir en laisse — qu’il ne pourrait éternellement s’accommoder que de concepts étroitement nationaux et ils lui ont fait l’injure de nier sa capacité de s’assimiler les influences étrangères. Ils ont voulu — et tentent trop souvent encore de le faire — persister à le traiter en mineur. Alors que le xixe siècle finissant et les premières années du xxe voyaient déferler sur le monde un souffle nouveau qui allait régénérer la littérature de tous les pays, rajeunir ses formes d’expression, nos maîtres nous faisaient courber la tête, pour que ce souffle vivifiant ne nous atteigne pas ; ils demeuraient cramponnés au traditionalisme et au régionalisme le plus étroit, au localisme, si je puis dire, typique de chez nous. La Grande Guerre, celle de 1914, à laquelle le Canada avait pourtant participé, laissa nos auteurs insensibles et personne ne parut y trouver l’inspiration qu’un tel sujet devait pourtant renfermer.

La jeunesse de 1920-1930, formée à cette école étroite, ne sut pas prendre l’élan suffisant pour exprimer ce qui bouillonnait en elle. Michèle Le-