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ESQUISSE HISTORIQUE

firme dans un genre qui abandonne la lignée unique du pamphlet et de la polémique pure. Il sera suivi de nombreux disciples, mais il faudra attendre Chapais, puis Groulx et Frégault pour trouver des émules dignes de lui.

Mais si une littérature ne peut se confiner au journalisme, à la chronique et à l’histoire, il ne suffit pas de les désirer pour avoir des poètes et des romanciers. Les uns et les autres apparaissent chez nous vers la moitié du siècle dernier : la poésie se manifeste presque soudainement et en abondance, parée même d’une certaine richesse que n’a pas la prose. Nos premiers poètes furent nombreux et beaucoup possédaient une véritable veine poétique, une richesse authentique d’inspiration, agréablement traduite dans une écriture colorée et souvent pleine de feu. Il y eut évidemment les poètes consacrés, ceux que l’on a appelés assez pompeusement « nos classiques » : Crémazie, Sulte, Lemay, Fréchette, notre Victor Hugo, qu’il pasticha jusque dans ses travers, ses travers surtout. Mais, à côté d’eux, moins illustre mais non sans intérêt, la phalange des « petits, des humbles, des sans grade » chez lesquels on trouve d’indéniables qualités dans le fond et la forme ; mais ils manquèrent de souffle. Ce fut notre bohème, sans la lavallière et la butte, sans les peintres pour