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ROMANS D’ANALYSE

prouver qu’un personnage de roman, une fois mis au monde, a sa vie propre sur laquelle l’auteur ne peut plus exercer sa complète emprise.

Dans « Les Désirs et les Jours », il s’évade, pourtant, de « Fontile » ; ce troisième roman possède davantage sa vie propre, bien que l’auteur demeure sous l’envoûtement de ses personnages anciens. Mais, si les deux Massénac ou Auguste Prieur sont des êtres remplis de substance, ses personnages féminins ne sont pas mieux réussis que dans « Fontile ». Louise Prieur, notamment, n’est que prétexte à un dénouement, mais un dénouement qui verse dans le conventionnel le plus ordinaire.

Charbonneau possède bien tous les matériaux nécessaires à la construction d’une œuvre d’envergure ; il a des ressources et c’est un écrivain qui manie une langue non dépourvue d’élégance, même si ce résultat n’est acquis qu’à force de travail ; il est doué d’un grand talent de romancier et il est aussi celui dont l’œuvre paraît la plus mûrie. Mais il ne parvient pas à se libérer de certaines forces indéfinissables qui retiennent son élan ; et ces forces semblent bien émaner de ses personnages eux-mêmes qui font parfois figure d’errants, un peu à la manière des six personnages de Pirandello, avec la différence qu’ici, ils errent dans