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DONNA CHIARA


Pendant que, furieuse, elle parlait ainsi,
Ildebrando furetait dans tous les coins ;
Mais, ne trouvant pas celui qu’il supposait,
Il demeura plein de honte et de confusion.
À la fin il dit : — « Ce prêtre est dans le couvent, j’en suis sûr,
» Je saurai le trouver pour son malheur. »

Les religieuses, réveillées par ce vacarme
Sortirent de leurs cellules en criant : « Jésus-Maria ! »
Et elles dirent à Monsignor : — « De grâce, faites
» Fouiller ma cellule la première…
» — Non, » s’écria l’abbesse, « que la première
» Soit la mienne, si Monsignor a pour moi de l’estime. »

Le prélat cria fort à ses séides :
« Allez visiter toutes les cellules. »
Il dit ensuite à deux valets de chambre :
« Entrez dans la chambre de l’abbesse,
» Allez-y pour la forme seulement,
» Ce n’est pas là, bien sûr, qu’est le délinquant. »

Pendant qu’on fouillait les cellules,
Ildegonda disait : — « Bien certainement celle
» Qui dans son cœur pervers et abominable,
» Nourrit des amours si infâmes, si criminels,
» Monsignor, ne saurait obtenir de vous le pardon
» D’un crime si scandaleux, si atroce.

» Soyez sourd à la pitié, aux prières,
» Vous le devez… » Tout à coup on entendit un grand bruit,
Les servants criaient à n’en plus pouvoir :
« Monsignor !… Monsignor !… Monsignor !…
» Venez vite, Monsignor,… accourez…
» Voici le prêtre dans le lit de l’abbesse. »