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LE ROI BISCHERONE


» Ah !… qu’en dites-vous ? Lasagna… Mon idée
» Vous plaît-elle ?… Eh, ventrebleu ! il faut de la tête ;
» Voilà ce qui s’appelle gouverner un empire »
Cela dit, il détacha quatre cabrioles,
Secoua la tête, se frotta les mains
Et puis il fit introduire les courtisans.

Et il donna mission au marquis Capron,
Au comte Scappamondo Vermocane,
Au chevalier Piolo dall’ Ardenza
Et au bailli Scarafaggio dalle Rane
D’aller ensemble, en grande pompe,
Trouver la Menandugia comme ambassadeurs.

Ils acceptèrent l’honorable charge
Et partirent la semaine suivante :
Les tapissiers de la Cour avaient tendu
Un arc de triomphe de feuilles d’or et de draperies ;
Sous cet arc, au bruit d’une marche guerrière,
Passa la très magnifique ambassade.

Le hérauts la précédaient, et les huissiers,
Soufflant dans leurs trompettes, en pourpoint vert ;
Tout à l’entour gueux et filous
Faisaient un assourdissant vacarme ;
Venaient ensuite les lansquenets, avec leurs grandes culottes
Transformés par le vin en foudres de guerre.

Puis les magistrats de la capitale
S’en venaient en grande cérémonie,
Et le gonfalonier d’antique brocard
Portait un immense manteau
Où, tout compte fait de l’or qu’on y voyait,
Il y en avait bien pour une demi-piastre de limaille.