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MADAME LORENZA


À la vue du monstrueux instrument,
Elle se repentit presque de son désir,
Et, laissant aller un soupir, doucement, doucement,
Elle dit : — « Qu’allons-nous faire, mon père ?
» — N’ayez crainte, » répondit le Moine,
» Laissez-moi faire, et pas d’inquiétude ! »

D’accord désormais, ils commencèrent
L’amoureux assaut. Maintenant, il me faut avouer.
Bien que j’exalte le bagage du Moine,
Qu’elle aussi était fort bien pourvue,
Et que pratique et nature lui avaient façonné
Une fissure archipatentissime.

Les baisers, alors, tombèrent dru comme la grêle
Qui, du haut des nuages glacés, vient fouetter le sol ;
De tous leurs membres coule une sueur abondante ;
Si rudes et si fréquentes sont les secousses,
Que, sous l’effort de leurs tendres ébats,
Tremble le lit, la chambre et le palais.

L’action est vive ; déjà vient l’heureux moment
Qui de part et d’autre amène le délicieux spasme ;
Déjà ils sont plongés dans une douce extase,
Elle lui serre les épaules, lui les reins ;
Un long soupir enfin se fait entendre,
Qui du charmant combat annonce la fin.

Comme le Moine voulait recommencer,
Sans retirer son poignard de cette jolie gaine,
La Duchesse : — « Excusez-moi, » dit-elle,
« Si pour le moment je modère votre ardeur,
» Mais qui sait ?… peut-être… — Eh ! cordieu ! »
Répondait le Moine, « mettons le diable en cage. »