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MADAME LORENZA


Avant d’arriver là où trônait
Refenero dans un cabinet doré,
Le suppliant devait traverser la salle
Où le festin était préparé ;
Déjà sur une table immense répandent leur fumet
Des viandes exquises en abondance.

Mille objets divers en un instant
Fascinent les yeux du pauvre Chrétien ;
Des choses qu’il n’a jamais vues ni imaginées auparavant
Se présentent à lui à chaque pas ;
Partout où il tourne son regard curieux,
Il voit de merveilleux objets.

Les statues, les peintures, la perfection
Des tapisseries, la richesse du linge,
Les préludes des instruments babillards
Dont il entend le bruit dans la tribune,
Le beau parquet, la haute coupole,
Lui font croire qu’il est dans un autre monde.

Ainsi que sur les monts on voit
Les pierres prodiguées par la main de la Nature,
Ainsi, partout où il porte lentement ses pas,
Ce ne sont que vases d’or et d’argent, de forme
Étrangère, admirable, et enrichis de pierres précieuses
À faire honte à nos antipodes de l’Inde.

D’une cuve d’argent sortent le fumet
D’une soupe exquise et l’odeur d’un potage nourrissant ;
Immenses dans la superbe salle se dressent
Deux bœufs entiers, avec leur tête et leur queue ;
Auprès d’eux on voit deux baleines :
Tel a toujours été le bouilli de Refenero.