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LE MORT


Déjà il partait, quand il lui vint à l’esprit
Qu’il devait avoir certain grand sabre,
Sur lequel il avait prêté autrefois
Cinq ou six Jules à un caporal de dragons ;
Il résolut de l’emporter avec lui
Et de s’en servir en cas de besoin.

Il disait : « Si je rencontre les sbires sur le chemin,
» Et s’ils veulent me mettre la main dessus,
» Mort pour mort… Par Sainte Marie !
» Je me défendrai tant que je pourrai ! »
Cela dit, il prend son arme et la met,
En la cachant bien, sous sa robe.

Il monte à cheval, se met en route
Et arrive, par un chemin tortueux et ignoré,
À une petite place obscure, où le roussin
Qui porte sur son dos le moine mort,
Fatigué de sa course violente,
S’était arrêté et reprenait haleine.

Le père Buti, voyant un cavalier
Qui, à cette lumière douteuse, avait l’air d’un Sarrasin,
Eut une bonne dose de peur :
D’autant plus que la perche qui soutenait le corps,
Avançant du côté de la tête du cheval,
Avait l’air d’une lance en arrêt.

Il tire la bride et arrête la jument,
Tout prêt à revenir sur ses pas de frayeur ;
Mais, à peine eut-il senti l’écurie
Et vu la jument, qu’au trot
Le roussin se porta à sa rencontre,
Portant avec lui le prétendu Sarrasin.