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LE ROI GRATTAFICO


» Je ne voulais pas me découvrir, avant d’être
» Convaincu de ce mérite, que j’adore en toi.
» Je haïssais les femmes, toi seule m’as vaincu ;
» De toi j’implore la main, de toi l’amour ;
» Avec toi je me suis couché sans autre dessein
» Indigne de ton honneur et d’une chaste affection.

» Si, en restant ici, j’offense ta pudeur,
» Ne crains rien, je sortirai de ce lit,
» Où j’espère que le blond Hymen et l’Amour,
» Propices à mes vœux, à mes désirs, me ramèneront. »
La belle enfant resta muette,
Et lui, prit sa robe pour se vêtir.

Mais Nena répondit : — « Puisque vous êtes là,
» Inutile pour le moment que vous vous leviez :
» Mais retirez-vous le plus que vous pourrez ;
» Je vous étrangle, par Dieu ! si vous me touchez. »
Le Roi se retira au fond, dans un tout petit coin,
Où il se tint tranquille jusqu’au matin.

Ici les opinions des auteurs sont variées
Et leurs avis un peu différents.
Turnèbe dit, et il croit avoir raison,
Que le Roi se tint tranquille réellement ;
Freinshemius prétend, et il cite un texte antique,
Que Grattafico ne fut pas si coïon.

Ce que je puis dire, c’est que le jour suivant,
Les noces se firent en grande cérémonie ;
Puis Grattafico partit, et avec lui
La belle Nena. Jeunes et vieux,
Le peuple entier, à Cascina, leur fit grand accueil,
Et au temple, tout joyeux, alla rendre grâces.


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