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Page:Nouvelle revue germanique, tome 14, 1833.djvu/347

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PENSÉES TRADUITES DES FRAGMENS DE
NOVALIS.


Là où règne le penchant à réfléchir, et non pas seulement à penser, là est aussi la progressivité. Beaucoup d’hommes instruits ne possèdent pas ce penchant. Ils ont appris ce qu’ils savent, comme on apprend à faire des souliers, sans jamais se donner la peine de vouloir découvrir le fond de leurs pensées. Cependant il n’y a pas d’autre bonne voie. Chez quelques autres ce penchant à la réflexion ne dure qu’un certain temps. Il grandit, puis s’en va quelquefois avec les années, quelquefois avec la découverte d’un système qu’ils cherchaient pour s’éviter l’ennui de réfléchir.


Plus un système est borné, plus il plaira aux sages de ce monde. Ainsi le système des matérialistes, les principes d’Helvétius et de Locke, ont toujours obtenu parmi eux un grand succès. Ainsi Kant trouvera encore plus de partisans que Fichte.


Dans le premier temps que l’on commençait à exercer son jugement, chaque opinion était une découverte. Et la valeur de cette découverte était d’autant plus grande, que l’opinion manifestée était plus fructueuse et plus facilement applicable. Alors des idées qui nous paraissent aujourd’hui très-vulgaires nécessitaient une grande force d’intelligence. On devait mettre en œuvre le génie même pour trouver, au moyen d’un nouvel instrument, de nouveaux résultats. Et cette opération ne pouvait se faire sans exciter la surprise générale, et attirer à elle l’attention de toutes les bonnes têtes. Il serait bien possible que dans la suite des temps nos découvertes actuelles eussent un sort pareil à celles qui les ont précédées. Il pourrait bien arriver qu’un jour elles fussent toutes aussi