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les élections, les partis et l’opinion

tée par des ententes avec l’extrême gauche, notamment sur le terrain colonial, car les réactionnaires se montrèrent d’ardents anticoloniaux. En décembre 1886, ils poursuivirent avec passion l’évacuation du Tonkin et l’abandon de la politique d’expansion en Indochine. Les crédits demandés par le gouvernement ne furent votés qu’à quatre voix de majorité et grâce à l’absence de vingt-deux députés de droite invalidés[1].

Les républicains se divisèrent dès le début en modérés et en avancés qu’on appelait alors les « rouges ». Les premiers se fussent volontiers cantonnés dans un sage et paisible fonctionnement des institutions nouvelles. Gambetta sentant que l’inaction ne constituait pas une base suffisante, groupa autour de lui les partisans d’un progressisme lent et mesuré, également ennemi des solutions extrêmes et de l’immobilité. Ce fut l’« opportunisme » tel qu’il le définit lui-même dans un discours prononcé en janvier 1879 lorsqu’il invita ses amis à distinguer entre « ce qui est mûr, ce qui est urgent, ce qui doit attendre, ce qui doit être écarté, ce qui doit être résolument condamné ». Les radicaux, eux, ne distinguaient pas. Leur progressisme comportait une quantité de réformes fondamentales parmi lesquelles : la révision de la Constitution, la séparation de l’Église et de l’État, l’impôt progressif, la suppression de l’hérédité en ligne collaté-

  1. On a beaucoup critiqué — et à juste titre sans doute — la disposition qui permet à la Chambre de vérifier ses propres pouvoirs et, par conséquent, d’« invalider » ou de casser certaines élections considérées comme ayant été entachées de fraude. Pendant un moment, la majorité abusa quelque peu des invalidations, mais cet abus n’a pas duré. En la circonstance dont il est ici question, l’abus fut étrangement bienfaisant.