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Page:Notices sur M. le comte Chaptal, et discours prononcés sur sa tombe, le 1er août 1832.djvu/48

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quatre années la capitale ; bientôt il y conquit et justifia l’amitié des plus célèbres écrivains dans les lettres et les sciences, les Delille, les Fontanes, les Roucher, les Cabanis.

C’est à la fois par leur exemple et leurs préceptes qu’il apprit l’art heureux, rare dans tous les temps, plus rare encore à cette époque, d’exprimer dans un style noble sans enflure, simple avec élégance, et profond avec clarté, les vérités les plus abstraites de la science, et les détails les plus arides de leurs applications aux arts.

Les premiers essais du jeune Chaptal, et surtout la thèse brillante qu’il avait soutenue pour obtenir le doctorat, avaient laissé de si profonds souvenirs dans l’esprit de ses compatriotes du Midi, que, quatre années plus tard, les États du Languedoc instituèrent, à son insu, pour la lui confier, une chaire de chimie dans l’école de Montpellier.

M. Chaptal avait reçu de la nature un organe flexible et sonore, une physionomie expressive, un regard spirituel et puissant[1], en un mot, tout ce qui contribue par le langage d’action au succès physique du professeur ; l’art qu’il avait acquis d’exprimer heureusement ses pensées, comme écrivain, amena promptement l’art plus difficile encore de s’exprimer avec une perfection soutenue, dans l’improvisation d’un

  1. L’admirable portrait peint par notre célèbre confrère M. Gros fera vivre ces traits, ce regard et cette expression, dignes d’être transmis à la postérité.